Discours de Charles De Gaulle – Allocution radiotélévisée du 30 janvier 1959

Sur le chemin du renouveau qui est celui de la France, où en sommes-nous ? Qu’en est- il des obstacles qui s’opposaient à notre marche quand nous avons pris la route ? Ce soir, je vais vous dire comment nous surmontons les difficultés dressées au-dedans de nous – mêmes. Je parlerai, un autre jour, de celles qui existent au-dehors.

La première barrière à franchir c’était la confusion des pouvoirs qui paralysait l’Etat et menait à la guerre civile. A présent nous en sommes sortis. Un grand mouvement national et votre confiance massive m’ont permis de faire le nécessaire. Nous avons des institutions et nos affaires sont traitées. J’ai nommé un gouvernement que j’estime digne et capable d’accomplir sa rude mission. D’autre part, le Parlement va se consacrer à sa tâche législative. A lui aussi je fais confiance. Ainsi les pouvoirs, séparés et équilibrés, disposent- ils de l’efficacité et de la stabilité. S’il arrivait qu’ils s’égarent, l’arbitre aurait désormais, et moyennant votre appui, les moyens de rétablir les choses.

Efficacité, stabilité, c’est ce qu’il faut aux responsables pour diriger l’effort de la nation. Or, celle – ci est en plein changement. La chance, la belle et bonne chance que notre peuple a parfois rencontrée, voici qu’elle s’offre de nouveau. Comme moi vous voyez grandir notre nombreuse jeunesse. Vous apprenez la découverte de sources nouvelles d’énergie. Vous entendez l’appel de la technique qui retentit dans les laboratoires, les écoles, les campagnes, les ateliers. Vous sentez qu’une France toute jeune reprend le cours de l’Histoire. Mais, pour qu’elle trouve une base solide sur quoi construire sa puissance, nous devons mettre en ordre, largement et profondément, finances, monnaie, économie. Allons ! Tout le monde en est sûr !

C’est ce que nous sommes en train de faire, à l’étonnement du monde entier. Il va de soi qu’après beaucoup de négligences et de retards cela exige des sacrifices. Ah ! je sais bien ce qu’il en coûte à toutes les catégories, notamment aux plus modestes. Je sais bien ce que je demande à chacune, à chacun de vous. Je sais bien que c’est l’infanterie qui gagne toujours les batailles et que la grandeur de la France n’a jamais été faite que par la masse de ses enfants. Et je garantis que, cette fois, nous ne luttons pas pour rien. Je puis vous dire, aujourd’hui, que l’entreprise est en bonne voie.

Malgré les désagréments subis par les uns et par les autres, malgré ce qu’ont à accepter ouvriers, cultivateurs, commerçants, bourgeois, employés, fonctionnaires et beaucoup d’anciens combattants, la volonté du peuple français de s’épargner à lui – même la pagaille, l’inflation, la mendicité et d’éviter la grande culbute apparaît en pleine lumière. Du coup se font déjà voir les signes avant-coureurs du redressement. Qu’il s’agisse de production, de rémunération, de prix, d’échanges de monnaie, d’harmonie sociale, les conditions de vie des Français doivent être stabilisées avant la fin de cette année. A partir de là, la technique, le travail, l’épargne réaliseront leur œuvre de prospérité générale. A l’intérieur l’ajustement peut provoquer quelques grincements. Au-dehors tout le monde parie sur nous.

Cependant une lutte stérile se traîne encore en Algérie. Devant les épreuves traversées rien n’est plus vain que de donner dans les slogans ou les rodomontades. Rien n’est absurde autant que d’afficher l’intransigeance et la guerre ou, au contraire, de se livrer au renoncement et à l’abandon. La vérité c’est qu’en ce moment le destin de l’Algérie se forge, non point du tout par des mots, mais sur place, au fond des âmes ; que ce destin est essentiellement dans les Algériens eux – mêmes ; que ceux – ci, pour s’exprimer, voient désormais s’ouvrir la voie du vrai suffrage universel, la seule qui puisse être valable, voie qui ira s’élargissant et qui implique, bien entendu, la liberté et la sécurité ; que ce pays admirable, mais noyé de misère et étouffé par la crainte, doit se transformer dans les domaines politique, économique, social, culturel, pour façonner sa personnalité et se donner les moyens de vivre ; que cette grande œuvre de progrès et de pacification s’accomplit avec la France et ne saurait s’accomplir autrement ; que toute les Algériennes et que tous les Algériens qui ont de l’avenir dans l’esprit, et d’abord les jeunes gens, ont vocation d’y concourir.

A mesure que cela va se faire on verra sans nul doute paraître les éléments de la solution politique. Quant aux combats et aux attentats que certains s’acharnent à prolonger, ils retarderont plus ou moins l’évolution qui est en cours, mais ne pourront pas l’empêcher. Et comme, dans ses profondeurs, l’Algérie a choisi la paix, comme la France, moins que jamais, ne renonce à la lui assurer, la guerre ne peut mener à rien qu’à des misères inutiles. Il faudra bien en finir. Alors ? Pourquoi pas tout de suite, dans d’honorables conditions, ainsi que je l’ai proposé ?

Françaises, Français, nous allons de l’avant. C’est dire que nous devons passer des moments encore difficiles. Pour nous surmonter nous – mêmes et, par-là, franchir les traverses, il nous reste des efforts à faire. Mais le but est bien en vue qui nous paiera de nos peines. Après quoi nous irons plus haut, plus fort, plus loin. Mais n’est- ce pas la vie, cela ? Or nous sommes un peuple vivant, plein d’ardeur et vigoureux.

Vive la République ! Vive la France !

 

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